Vibe Coding : l'IA au service de la créativité

Coder sans aucune compétence technique, cela semble désormais possible grâce à l’IA générative et à la pratique du vibe coding. Mais quelle posture adopter face à cette nouvelle pratique ? Et comment l'intégrer dans les apprentissages ? Qu’apprend t-on rééllement en codant avec une IA ? Décryptage du phénomène, avec un focus sur un hackathon mené par Class’Code auprès de lycéens : trois heures pour expérimenter la programmation assistée par IA, à mi-chemin entre créativité et esprit critique.

Vibe Coding, le code à l’ère des IA

C’est quoi le Vibe Coding ?

“Vibecoder”, c’est demander à une generative IA d’écrire du code pour créer un jeu, une application, une page web ou tout autre contenu interactif. Le prompt permet de décrire ses attentes précises : fonctionnalités, style, environnement, etc. La notion de « vibe » renvoie aux allers-retours avec l'IA générative : on teste, on affine, on corrige, on ajoute des fonctionnalités, jusqu'à obtenir un résultat au plus près de ses besoins et de sa vision.

En un mot, c’est comme si vous aviez un développeur ultra-performant à côté de vous, capable de produire un objet numérique en seulement quelques minutes. Par extension, on parle aussi de vibedsign (pour générer l’identité visuelle d’un support) ou de vibeworking (pour les tâches de gouvernance, pilotage, communication, partenariat, etc.).

Codeur ou dompteur d’IA ?

Le Vibe Coding oblige à s’interroger sur l’acte même de coder. Que signifie développer quand l’IA peut déjà générer du code ? Quelles compétences resteront essentielles demain ? “Rédiger un prompt pour obtenir du code reste une instruction et donc de la pensée informatique. En réalité, on ne fait que du français, mais il faut aussi pouvoir se projeter dans ce dont la machine à besoin.” explique Bastien Masse, DG de Class’Code. 

Car qu'on utilise le Vibe Coding ou un éditeur visuel de type glisser-déposer, l'essentiel reste d’avoir une vision claire de son projet et de savoir la formuler de manière explicite pour la machine. Et ce n'est pas forcément plus simple. “Les développeurs l’affirment : le Vibe Coding n’est pas plus facile car les allers/retours et les négociations avec l’IA sont une source d'épuisement.”. 

Accompagner ces évolutions dans l’éducation

À l’ère de l’intelligence artificielle, apprendre à coder a-t-il encore le même sens ? Au-delà du strict apprentissage des langages de programmation, le Vibe Coding offre surtout une nouvelle porte d’entrée vers la pensée informatique. “Dès la quatrième, il est possible de l’utiliser en classe pour offrir une approche différente des l’IA, qui n’est plus seulement un outil de conversation, mais un outil de création.” 

En permettant de produire rapidement un prototype fonctionnel (proof of concept), le Vibe Coding donne envie d'aller plus loin. Mais l'intérêt pédagogique ne s'arrête pas là : il s'agit aussi de faire apparaître les biais et les limites de l'IA. Exigence de précision dans le prompt, vigilance quant aux données utilisées, fatigue liée aux itérations, standardisation des contenus, failles de sécurité... Les points de discussion ne manquent pas.

Retrouvez dans cet article 10 initiatives autour de l’IA dans l’éducation.


Expérimentations dans les classes

Les règles du hackathonPour mettre ces idées à l'épreuve du terrain, Class'Code a organisé un hackathon dans quatre classes de lycée, sur une durée de trois heures. En équipes, les élèves étaient invités à concevoir un projet numérique de A à Z, avec un triple objectif : expérimenter la logique algorithmique, transformer une idée abstraite en prototype fonctionnel et collaborer efficacement. Pas besoin de connaissance technique, la créativité était ici la seule limite !

Chaque équipe pouvait choisir un Objectif de Développement Éducatif (librement inspiré des ODD de l'ONU) décliné en thématiques concrètes : réviser, mémoriser, apprendre une langue, s'orienter... Avant d’élaborer ce que nous avons baptisé un “promptch” : un cahier des charges pensé pour être compris à la fois par les humains et par la machine. 

Il combine :

  • Le pitch, c’est-à-dire la vision humaine incluant le contexte, les objectifs, la cible, les indicateurs de réussite.
  • Le prompt, c’est-à-dire la commande technique (format, limites, instructions). 


“Cette phase de projection a duré environ une heure. Plus le promptch était travaillé en amont, plus le projet avait de chances d’aboutir” affirme Bastien Masse. 

Une approche critique de l’IA générative

Pour la réalisation, les élèves ont utilisé Toxicode Explorer, une plateforme sécurisée conçue pour un usage pédagogique. Elle permet de visualiser en temps réel le projet et le code généré (HTML, CSS, JavaScript). Au fil des itérations, les participants ont pu observer ce que l'IA produisait, naviguer dans le code, tester le résultat et ajuster. “C'est utile de regarder dans le code, par exemple quand l'IA prétend avoir fait des modifications alors qu'elle n'a rien changé.”

Au-delà de la technique, les élèves ont travaillé dans une logique de collaboration : communiquer entre eux, formuler des consignes pour la machine, explorer leur créativité avec une assistance dans une logique de gestion de projet. “C'est aussi une façon de se positionner autrement face aux IA génératives : en réalisant un objet utile, au service du bien commun, qui répond à une vision claire.”

L'intérêt pédagogique de cette approche par la pratique est double. D'un côté, rendre accessible la création d'un contenu d'apparence professionnelle. De l'autre, faire comprendre aux élèves que derrière le résultat, il n'y a pas de magie, mais un simple fichier HTML. “Le Vibe Coding s'occupe de la surcouche, mais pas toujours du fond. L'IA peut être formidable pour chercher, compléter, structurer, synthétiser, dénicher des signaux faibles. Mais à un moment donné, quelqu'un doit collecter la donnée.”


Quelques réalisations des élèves

Dans les quatre classes, les élèves de seconde et de première ont réalisé :

  • Une application qui regroupe les élèves par préférence de méthode de travail,
  • Des mini-jeux pour sensibiliser au tri des déchets et au gaspillage,
  • Une plateforme type “To good to go” pour les cantines de la région,
  • Un escape game virtuel avec des énigmes mathématiques,
  • Un site de recommandation de vidéos libres de droit,
  • Un générateur de quiz et de flashcards,
  • Une plateforme de CV thèque vidéos pour les stages,
  • Un Sim City like pour découvrir des métiers dans une ville virtuelle,
  • Une appli qui indique les salles de sport accessibles de la région et qui permet d’organiser des matchs,
  • Des chatbots assistants personnels pour l’aide à la révision,
  • Une extension qui permet de faire du fact checking sur une page web...


“Pour les quiz, par exemple, les élèves se sont interrogés sur la notion de source. Ils ont dû séparer les briques d’informations, avec beaucoup de corrections et de relectures” indique Bastien Masse.

Au Lycée Nelson Mandela de Nantes, l’enseignant a créé, en Vibe Coding, un site web permettant de valoriser quelques projets numériques innovants conçus et développés par les élèves. Une mise en abyme qui illustre bien l'esprit de la démarche.


Pour aller plus loin...

Automatisation en 2026 : ce qui marche, ce qui buzze, et ce qui n'existe pas encore - Alexis Kovalenko https://www.linkedin.com/pulse/automatisation-en-2026-ce-qui-marche-buzze-et-nexiste-kovalenko-txvce/ (lien externe)

Que faut-il vibecoder ? - Alexis Kovalenko
linkedin.com/pulse/que-faut-il-vibe-coder-kovalenko

[Créer ses applis avec l’IA, c’est le pied !] - Matthieu Chatry https://medium.com/@matthieuchatry/cr%C3%A9er-ses-applis-avec-lia-%C3%A7a-galvanise-2bb7716e5789 (lien externe)

Quelques expérimentations vibecodées https://amuseurs.vercel.app/