Le vendredi 13 février, notre Temps Communauté était consacré à un sujet aussi fascinant que stratégique : le quantique. Un "nouveau continent" scientifique, technologique et politique en train d'émerger, encore largement invisible pour le grand public... Mais, déjà structurant pour les équilibres économiques et géopolitiques mondiaux. Pour éclairer cette révolution en cours, nous avons croisé trois regards complémentaires :
- La médiation scientifique avec Alain Sarlette (INRIA),
- La coopération internationale et la pédagogie avec Sylvie Tissot (Anabole),
- Et les enjeux de politique publique avec Paul Marcille (AFLD**).
Une question a traversé toute la discussion : doit-on commencer dès maintenant à faire de la médiation et de l'éducation au quantique ? Et, pourquoi ?
De la première à la deuxième révolution quantique
Une rupture scientifique majeure
Comme l'a rappelé Alain Sarlette, la première révolution quantique remonte au début du XXᵉ siècle. Elle trouve son origine dans les travaux de Max Planck en 1900 sur le rayonnement du corps noir. Cette découverte ouvre la voie à une nouvelle physique : la physique quantique.
Pourquoi parler de révolution ? Parce que la physique quantique nous apprend que la matière à l'échelle de l'infiniment petit suit différentes lois que la matière visible. Les règles qui gouvernent notre quotidien - continuité, déterminisme, causalité locale - ne s'appliquent plus de la même manière à l'échelle des atomes et des particules.
Cette première révolution, fondée en grande partie sur des descriptions statistiques des phénomènes microscopiques, a pourtant eu des conséquences très concrètes. Elle a permis le développement de technologies aujourd'hui banales : les lasers, les semi-conducteurs, l'électronique moderne. Autrement dit, sans la première révolution quantique, pas d'ordinateurs, pas de smartphones, pas d'Internet.
La deuxième révolution : contrôler l'infiniment petit
Aujourd'hui, nous sommes entrés dans ce que l'on appelle la deuxième révolution quantique. La différence est majeure : il ne s'agit plus seulement de décrire statistiquement des phénomènes, mais de contrôler des particules individuelles.
Des travaux fondamentaux récents ont été consacrés par des prix Nobel, comme Alain Aspect (prix Nobel de physique 2022), qui a contribué à démontrer expérimentalement l'intrication quantique. D'autres chercheurs, comme Michel Devoret, jouent un rôle clé dans le développement des circuits quantiques supraconducteurs.
Mais, cette révolution n'est plus seulement académique. Depuis une quinzaine d'années, plusieurs milliards d'euros sont investis dans la recherche privée et publique à travers le monde. Les applications potentielles concernent la simulation quantique (notamment en biochimie), les capteurs ultraprécis, la cryptographie et la sécurisation des communications, et à plus long terme, l'ordinateur quantique.
Nous ne sommes plus dans une promesse lointaine : nous sommes dans une phase d'accélération.
Ce qui rend le quantique si déroutant
Pour comprendre pourquoi la médiation est essentielle, mesurons à quel point le quantique est contre-intuitif.(voir image 1)
1. La dualité onde-particule : à cette échelle, la lumière se comporte simultanément comme une onde et comme une particule. C'est la fameuse dualité onde-particule. L'expérience des deux fentes l'illustre de manière spectaculaire : lorsqu'on envoie des photons à travers deux fentes, ils ne se répartissent pas simplement entre les deux ouvertures. Ils créent une figure d'interférence, comme s'ils traversaient les deux en même temps. Mais, si l'on observe par quelle fente passe chaque photon, le motif d'interférence disparaît. L'observation change le phénomène.
2. La superposition des états : en informatique classique, l'unité de base est le bit : 0 ou 1. En informatique quantique, l'unité de base est le qubit. Tant qu'il n'est pas mesuré, un qubit peut être dans une superposition de 0 et 1 simultanément. Ce n'est pas une métaphore : c'est une description mathématique rigoureuse d'un état physique réel.
3. L'observation détruit la superposition : lorsque l'on mesure un qubit, la superposition disparaît. On obtient soit 0, soit 1. Autrement dit : le simple fait d'observer modifie le système.
4. Le résultat est probabiliste : chaque mesure donne un résultat aléatoire, mais avec des probabilités précises. Aucune réalité n'est déterminée avant la mesure au sens classique du terme. Le résultat dépend des conditions d'observation. Ces principes heurtent profondément notre intuition. Et c'est précisément pour cela que la médiation est indispensable.